En Grèce, comme les sondages l’annonçaient, le parti Syriza que le monopole médiatique a étiqueté comme faisant parti de la gauche radical, a remporté les élections. A deux sièges prêts il avait même la majorité absolue au parlement grec.

Malgré une campagne internationale et nationale violente de diabolisation, cette coalition, de forces hétéroclites a remporté une écrasante victoire sur les vieilles formations politiques. Pourtant tout avait été fait pour que cela n’arrive pas, menace de guerre civile, d’effondrement de l’économie (sic), et même de voir se transformer la Grèce en nouvelle Corée du Nord..(sic !!!!).

 

Ce résultat est la conséquence de neuf plans d’austérité qui ont littéralement dévasté le pays et son peuple. Si certain doute encore que le capitalisme est  une guerre, l’exemple grecque devrait définitivement les convaincre. Les séquelles sont visibles partout, outre le délabrement économique, des infrastructures, des services de bases, c’est le délabrement humain qui est le plus violent : explosion des suicides, dans un pays qui ne connaissait pas ce phénomène, dépression massive, nihilisme etc. Rarement des pays en paix (militaire) avaient autant souffert.

L’austérité imposée par la Troïka, c’est-à-dire, l’UE, le FMI, la BCE[1] ont détruit la société grecque et ont plongé ce pays dans une crise aussi grave que celle de la seconde guerre mondiale, où là l’ennemie était facilement identifiable. Les responsables de ce désastre sont le capitalisme et la vieille classe politique grecque. Ce vote est venu dire non à ces deux choses.

Cela serait fastidieux de décrire le cercle infernal dans lequel est tombé ce pays en si peu de temps mais ce que nous devons retenir c’est qu’une telle chose arrive très rapidement. D’autres pays européens et pas des moindres connaissent le même catastrophe, l’Etat espagnol, le Portugal, l’Irlande et d’autres ne sont pas loin.

Qu’on se le dise, Syriza ce n’est pas la Révolution socialiste, d’ailleurs les concessions qu’on fait le parti depuis quelques mois aux capitalistes, pour les rassurer, laisse augurer autre chose. Le programme de Syriza est bien moins radical que  le programme Commun de François Mitterrand en  1981. C’est une victoire de ce que devrait être la social-démocratie, celle qui veut améliorer les conditions de vie sous ce système. Syriza va donc se heurter à terme à de nombreuses contradictions, celui d’un peuple qui pousse à la base pour un changement radical de système, les contradictions entre le respect de l’état et de la politique bourgeoise face aux aspirations de changement, les milliers d’opportunistes qui vont se transformer (ou le sont déjà) en radicaux, les pressions IMMENSES des autres bourgeoisies impérialistes européennes, Allemande en tête etc.

 

Si la Révolution avait commencé ce dimanche 25 janvier l’armée grecque aurait pris des mesures radicales, les frégates  de l’OTAN croiseraient au larges des côtes, ce n’est pas le cas. Syriza s’inscrit dans le cadre de la démocratie capitaliste. Le danger pour la classe dominante  c’est le mouvement que va entrainer cette victoire, car c’est bien le mouvement du peuple qui a mis au pouvoir cette formation. C’est, enfin de compte, le dernier espoir qu’est venu chercher ce peuple dans le système capitalo-parlementaire. Donc si toutes les attentes ne sont pas comblés, et soyons claire il y a des grandes chances qu’elles ne le soient pas, alors le mouvement ne se fera plus d’illusion et continuera son chemin. Pour une révolution il faudra un mouvement révolutionnaire qui cristallise et guide la puissance du peuple et des classes opprimés vers le bon chemin. Mais nous n’en sommes pas là.

Ce qui est sûr c’est qu’une grande partie de la population a stoppé net le fatalisme qui, pire que tout, annihilait toute volonté de lutter. C’est aussi une revanche face à l‘humiliation qu’on vécu les grecs depuis le début de la crise. Derrière les raisons évoquées, sur la non capacité de paiement de la dette, sont ressortis les vieux poncifs colonialistes qui animent l’Europe du Nord envers le Sud. Les grecques sont fainéant, corrompus, tricheurs, ils sont enfin de compte plus orientaux qu’occidentaux. Ces vieux poncifs colonisalistes résonnent pour nous Occitans d’autant plus fort que l’idéologie française se voulant  nord européenne, et au fond anti-latine, nous les a appliqué et continu à le faire.  Un certain humour populaire le répète assez : Marselha c’est la première ville d’Afrique et Céline a d’ailleurs choisit le Nord au Sud abâtardis.

La société grecque actuelle est issue de la lutte contre la dictature des Colonels, il y a depuis des années de fort mouvements d’oppositions en marge de la politique officielle, le mouvement communiste et anarchiste est toujours très fort, tout cela a créé un peuple politiquement conscient.  Bien que le fascisme ait fait irruption dans la scène politique il semble aujourd’hui contenu. 

C’est peut-être aussi parce que la crise a été tellement forte en Grèce qu’elle n’a pas qu’appauvrie les classes populaires, mais aussi une grande partie de la petite bourgeoisie de manière brutale. C’est peut-être pour cela que la situation est si différente dans l’Etat français ou  la petite-bourgeoise a encore beaucoup à perdre et se jette à corps perdu dans le bras du fascisme. Cette situation à la française, où la crise rentre petite à petit sans grande rupture dans une société déjà habituée à elle (lechômage de masse par exemple), ou l’état continue à l’amortir tant bien que mal par les maigres redistributions des bénéfices impérialistes. La société française est, depuis des années, déjà envahie par les idées réactionnaires, tout cela fait que le fascisme n’a jamais été aussi prêt de prendre le pouvoir légalement.

Ici c’est le fatalisme, la dépolitisation, l’individualisme extrême qui est majoritaire chez les travailleurs et les classes populaires. Cela ne veut pas dire que les gens ne réfléchissent pas, au contraire, mais plutôt que rien ne peut aujourd’hui exprimer leurs besoins profonds et les décrocher de la réaction actuelle.

Le mouvement révolutionnaire dans l’hexagone est cliniquement mort, il est à reconstruire et cela va prendre du temps. Nous comptons apporter notre pierre à la création d’un mouvement populaire en Occitanie allant sur le chemin de la révolution sociale afin de sortir de ce cercle défaitiste. Car c’est le mouvement du peuple qui lutte, qui fera ou non, pencher la balance soit vers le fascisme, soit vers la révolution.

La leçon que nous pouvons tirer c’est que tout est en mouvement, personne en 2008 n’aurait imaginé la victoire électorale en 2015 de ce groupuscule. La crise ouvre d’immense possibilité pour un changement de société.

Certes l’élection de Syriza ce n’est pas la révolution, mais alors que depuis quelques années on ne parlait que d’Aube Dorée (ndlr le parti néo-nazi) il y a cette victoire d’une formation de gauche plutôt radicale dans le panorama européen actuel. Force est de constater que le peuple grec est plein de ressource positive !

  Nous pouvons dire tout en restant poli que c’est un sacré bras d’honneur à la classe dominante européenne et grecque, dans son ensemble, que le peuple grec a exprimé dans les urnes. Que c’est, quelques parts, une victoire, petite certes, du peuple face à l’immense force réactionnaire qui nous broie en ce moment. C’est donc bon à prendre, alors que dans l’Etat français vient d’être déployé 10000 militaires pour notre sécurité…



[1] UE : Union Européenne

FMI : Fond Monétaire International

BCE : Banque Centrale Européenne